De crevette à petite fille

Besoin d’écrire. Envie de laisser quelques mots. Pas le temps, alors je remets à plus tard…mais j’ai envie de raconter plein de trucs, je remets à plus tard…jusqu’ à aujourd’hui !

Ma crevette est maintenant un bébé fille qui va sur ses un an. Si la rencontre avec elle a été une évidence, j’ai mis neuf bons mois  avant d’intégrer sa présence comme quelque chose de « normal ». Il m’a fallu le temps d’une grossesse pour réaliser qu’elle était bien là, qu’elle ne partirait pas, que ce petit être avait bel et bien poser ses valises chez nous pour les 20 prochaines années. Nous nous sommes souvent exclamés : « tiens, tu as vu, il y a un bébé qui dort dans la pièce à côté!!! Non pas possible…sisi je t’assure, c’est dingue, non ? »

J’ai aimé m’occuper d’elle pendant les trois premiers mois. Elle a très vite montré un tempérament serein et c’était facile de comprendre quels étaient ses besoins. Allaitement mixte jusqu’à trois mois, puis biberon et reprise du travail. Nous n’avions pas de solution de garde, la municipalité ayant rejeté notre dossier deux fois de suite. Nous avons jonglé entre les horaires décalés de son papa, mes heures de travail que je pouvais caler en fonction et un peu d’aide des grands parents. Jusqu’à avoir une place en micro-crèche. Où elle a vite trouvé ses marques.

Elle va très bien. Est du genre dégourdie, curieuse, et sociable.  Nous supposons qu’elle va bientôt marcher.

Elle aime bouger,  glousse de joie devant un chat ou un chien. Se précipite vers son copain Léonard quand elle arrive à la crèche. Se met à jouer de la clochette dès que son papa se met à gratter quelques accords sur sa guitare. Fait le petit clown en plissant des yeux dévoilant ainsi sa bouche parsemée de dents  partiellement présentes !

Elle sait aussi s’occuper seule pendant de longues minutes, lire et feuilleter ses imagiers tranquillement. Elle semble être une enfant sécure, à l’aise avec son corps et avec les autres. Elle suce son pouce pour contrer un petit coup de fatigue ou une légère contrariété.

Que dire d’autre ?

Je suis devenue tante. Depuis trois semaines. Un petit garçon, adorable. Une naissance dont je peux me réjouir, sans tristesse ou jalousie en arrière plan.

Tenir cette petite boule toute chaude contre moi a immédiatement réactivé l’envie de vivre à nouveau une grossesse, mettre au monde un tout petit, m’enivrer de cette odeur incroyable faite de lait et de peau duveteuse.

Vous l’aurez compris : la question de se relancer dans un nouveau protocole me taraude. Je ne suis pas persuadée qu’un enfant est plus heureux dès lors qu’il y a une fratrie. Je ne mesure pas bien non plus le chamboulement que ça peut être d’accueillir un deuxième enfant. Ni mon envie réelle de replonger dans le monde mer(de) veilleux de la Pma.

Ai-je vraiment envie de vivre à nouveau la fatigue, les problèmes d’organisation, les tensions avec monsieur (ouais, les horaires décalés, c’est vraiment une difficulté), les finances etc. Sans compter qu’il nous faut refaire tout le bordel (traitement, transfert de notre embryon congelé et tout le toutim si jamais ça ne fonctionne pas) et que ça peut aussi ne pas marcher du tout. Et que nous sommes vieux. Suis-je prête à relancer les dés ? A remettre en question l’équilibre que nous avons trouvé ?

Bref, d’un côté il y a mon envie primaire, viscérale, instinctive. De l’autre, il y a la raison, les réalités de la vie, le couple, les doutes et les questions.

Tout ça n’est pas très clair et je me donne jusqu’à janvier pour y réfléchir.

 

Voilà…je vous embrasse, je suis contente de lire de vos nouvelles et pense toujours à vous mes petites PMettes !

 

 

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Mais pourquoi faut-il adhérer à l’association Collectif BAMP ? — Association de patients de l’AMP et de personnes infertiles.

Régulièrement nous recevons des messages nous demandant : « mais pourquoi faut-il adhérer à l’association et comment faire ? » POURQUOI adhérer à l’association ? Parce que vivre d’amour et d’eau fraiche, cela ne suffit pas, même pour des bénévoles qui vivent d’engagement et de temps bénévolement dédiés à la cause collective. Car justement nous sommes une […]

via Mais pourquoi faut-il adhérer à l’association Collectif BAMP ? — Association de patients de l’AMP et de personnes infertiles.

Le temps passe

Après l’attente interminable et douloureuse du parcours Pma, j’ai l’impression de reprendre le fil de ma vie.

A Pâques, j’ai participé à la chasse au oeufs organisée par mes voisins. Il y a un an ou deux de cela, j’en aurais été incapable. Une photo d’enfant joufflu fait office de fond d’écran sur mon téléphone.

Mais je n’oublie rien.

Jusqu’à la fin de ma grossesse, je n’ai pas eu un ventre proéminent. Je sais aujourd’hui que je n’avais pas besoin d’imposer mon gros ventre pour aller vers la maternité et que j’avais bien trop peur de blesser le coeur meurtri de celles qui attendent sur le quai. Raison pour laquelle je n’ai jamais réussi à me sentir fière de ce ventre timidement rebondi. Quatre jours après le terme, c’est avec beaucoup de gêne que je remontais les files d’attente au supermarché. Il faut dire que je n’étais pas très crédible avec ce ventre à peine bombé.

-« tu es à six mois ? me demandait ma voisine du 2é étage

Euh non, en fait, j’aurais dû accoucher hier« …

Notre crevette aura six mois demain.

C’est une petite fille très cool. La vie avec elle, n’est pas compliquée. Je suis contente d’avoir profité des longs mois d’attente imposés par notre infertilité pour entamer un travail psychologique. Bien épaulée, je crois qu’avoir défriché le terrain a permis une belle rencontre avec notre petite fille. C’est comme si elle avait compris que sa place est là, pour elle.

Lundi, elle a fait son entrée en crèche. Gros soulagement (et petit pincement au coeur quand même) pour nous qui jonglons avec nos boulots respectifs depuis janvier,  et avec un peu d’aide des grands-parents. Et c’est très bien pour elle qui commence à être captivée par les autres enfants.

Les petits bodys de naissance sont lavés, pliés et rangés dans une boite à la cave. J’ai dit à monsieur Tidoum qui se sent déjà trop vieux ( 39 ans) : « s’il te plaît, ne décidons pas tout de suite de ce qu’on en fera…peut-être rien, peut-être qu’on les prêtera, qu’on les donnera ou qu’on les utilisera…mais pour l’instant, c’est trop tôt pour décider ». Il a dit d’accord.

Pour l’instant, nous profitons de chaque jour. De cette petite fille qui est un vrai rayon de soleil. Nous avons fait un bout de chemin. Je ne sais pas si j’aurais le courage de reprendre le chemin de la Pma un jour.

Je ne sais pas vraiment ce que va devenir ce blog. J’ai commencé à écrire parce que j’avais un réel besoin de faire le point sur les difficultés que je vivais à l’époque. Parce qu’aussi, je dois bien le dire, le soutien et la solidarité très fortement présents sur les blogs des PMettes me donnaient envie d’y participer moi-même.

Et j’ai trouvé ce que je cherchais : du soutien, des encouragements, des conseils, de l’humour (très très important).  Depuis, j’ai repris mon travail, mes activités diverses, et je ne suis pas certaine d’avoir le temps de continuer à alimenter ce blog. Cela sonne comme un « au-revoir » (et putain, j’ai envie de pleurer !!!).

Alors voilà. Je continuerai à vous lire et à commenter.  A être présente mais moins visible. J’ai le sentiment d’avoir encore des choses à dire…on verra bien. J’ai réservé des places dans le train pour mes copinautes Psychota, Souris, PPMB, P’tit loup, Lucienne, Calihope, nirna (et excusez-moi si j’en oublie)  et je compte bien continuer à vous lire.

Pour les autres, les nouvelles et les anciennes qui ont pris un autre chemin, je vous envoie tout plein de câlins et de force pour la suite du chemin.

 

 

 

Douces pensées

Chères PMettes,

pour avoir vécu plusieurs noëls les bras vides et la tête emplie d’une seule question : « qu’en sera -t-il l’année prochaine ? », je veux vous dire que je pense bien à vous. Je sais combien il est difficile pour certaines, de traverser ces périodes de fête.

L’année dernière, je me remettais péniblement d’un faux espoir, d’une fausse-couche qui avait eu lieu fin octobre. Le moral commençait à revenir quand les fêtes me sont tombées dessus et m’ont foutu par terre. Je ne vous l’ai pas dit à l’époque…mais toute la semaine qui a précédé Noël, j’ai broyé du noir larvée sur mon canapé. Impossible d’aller travailler, idées noires, déprime profonde, plus de force…la dégringolade.

Et puis j’ai tourné la page de 2016…soulagée de passer symboliquement à autre chose.

Comme le dit ma copine Simone « il y aura des jours meilleurs »…et c’est vrai !

Donc, faites au mieux pour cette année. Soyez avec des gens que vous chérissez, amis ou famille peu importe, ou à l’autre bout du monde avec votre moitié (vous avez passé l’âge de faire plaisir à votre maman ou belle-maman qui veut absooooolument vous avoir à sa table le 25). Faites au mieux, faites ce que vous vous sentez en capacité de vivre et ce sera bien.

Douces pensées ♥

Les perles#6

M. est née un vendredi soir (ça sent la future fêtarde, non ?). Le samedi matin suivant, son papa l’a accompagné à la pouponnière pour une prise de sang. Impossible de trouver une veine. Il a fallu la piquer sur les deux mains, le pied, et s’y reprendre à plusieurs fois avant de pouvoir effectuer le prélèvement sanguin.

Au milieu des autres bébés hurleurs, M. n’a pas bronché. Elle est restée calme et regardait tranquillement autour d’elle. C’est son papa qui m’a raconté tout cela. Nous en avons ri ensuite, en nous disant que probablement, notre petite M. sait bien ce qu’elle leur doit, aux piqûres !

Trois semaines après, les bleus sur ses mains commencent enfin à s’effacer.

Naissance de M.

Cuisson de la crevette à point…mais non, pas de crevette à l’horizon. Moi qui pensait qu’elle arriverait avant terme…je me suis bien trompée !! Je crois que j’étais surtout impatiente de voir son bout de nez. Le 21 octobre dernier, c’était la date de terme.

Ce jour-là, mon amie Pâquerette a dit au-revoir à son petit garçon. Il y a eu une cérémonie, pas de fleur mais des musiciens, et ce petit a été incinéré. Je n’ai pas pu parcourir les centaines de borne entre nos deux villes mais j’ai beaucoup pensé à elle, à eux.

De mon côté, rien de rien…toutes les 48 heures, il a fallu se rendre à la maternité pour une visite de contrôle et s’assurer que la crevette ne se trouvait pas en état de souffrance fœtale. Fort heureusement, rien de tout ça. Simplement, la petite demoiselle semblait vouloir profiter gratos de son jacuzzi privé pendant quelques jours encore. J’ai eu le temps de faire des balades au parc, boire thé et décappuccino en terrasse en profitant de l’été indien, et de bien avancer le puzzle de 1500 pièces offert par monsieur Tidoum pour tromper l’attente (non terminé à ce jour…dans 20 ans peut-être ?).

Au bout de plusieurs jours  et un rythme cardiaque toujours bon, le personnel médical a jugé bon de venir la déloger. Mais ça, je vous le raconterai une autre fois.

Ce que je voulais vous dire, c’est qu’après avoir joué les prolongations, notre petite crevette a fini par se montrer le vendredi 27 octobre à 19h44. Elle va bien et c’est évidemment le plus beau bébé du monde (sauf que là, c’est vrai …gniark gniark !!).

Elle a de jolis yeux en amande, un petit nez de patate (mais attention : une jolie patate !), un menton en forme de coeur et un petit duvet dans le dos et sur les oreilles. Son odeur est divine (je suis accro). Nous sommes si contents qu’elle soit notre petite fille.

Vive les bébés FIV…vive les bébés synthétiques, ils sont parfaits !

 

Parce qu’à plusieurs, on est plus fort !

Nous sommes désolées de devoir parler d’argent, mais pour l’instant notre association est financée de façon principale, par les adhésions et les dons reçus. Savez-vous que pour votre adhésion à BAMP c’est vous qui choisissez le montant de votre adhésion, avec un minimum de 15 euros pour une adhésion en solo ? Savez-vous que si […]

via Réduction fiscale et soutien associatif — Association de patients de l’AMP et de personnes infertiles.

Fin de grossesse et mauvaise nouvelle pour mon amie Pâquerette

Coucou !

voilà…j’arrive sur la fin de la grossesse. Le compte à rebours est lancé : plus qu’une semaine avant le terme, et éventuellement 6 jours de rab grand max si cette petite demoiselle ne se montre pas avant. Bref, c’est pour bientôt ! Et je ne réalise toujours pas qu’il va y avoir quelqu’un dans les petits vêtements lavés et pliés, ni dans le petit berceau en carton qui a fini par arriver à bon port.

Fin de grossesse, derniers préparatifs

Le coupe-tif, l’épil-foufoune, le massage californien offert par ma frangine à noël dernier, c’est fait ! La maison n’a jamais été aussi propre. J’ai même fait des rhums arrangés que je pourrai déguster dans quelques mois (oui, j’ai des occupations de femme enceinte, très saines et tout à fait appropriées !).  Je crois que nous sommes prêts : l’avantage de faire un gosse après tous les autres, c’est qu’on te donne plein de choses. Pour l’instant, l’équipement en matos de puériculture nous a coûté plus cher en bouffe et en pinard qu’en tickets de carte bleue chez Aubert ! Quand on te file une poussette à 600 balles, ça vaut bien une bouteille de côte-rôtie, non ?!

Coté régime, si je maintiens une alimentation équilibrée au quotidien, il m’arrive de craquer pour quelques douceurs. Cette semaine, je me suis délectée d’une gaufre au nutella (et c’était juste…trop bon !). Les six mois de régime ont payé puisque j’arrive en fin de grossesse avec 4 à 5 kg supplémentaires. Personne ne me croit lorsque je dis être à 9 mois de grossesse. L’autre jour, à la pharmacie, on m’a demandé quand est-ce que j’avais accouché !! Donc une toute petite gaufre au nutella, ça ne pouvait pas me faire de mal, non ?

Je pensais vivre ces prochains jours paisiblement, en alternant siestes (indispensables pour compenser les nuits d’insomnie), petites promenades, netflix, séances papotage au café du coin et lectures…et puis j’ai appris une bien triste nouvelle.

Mauvaise nouvelle, confusion

Nous sommes trois amies à nous suivre depuis nos années de lycée : Mary, Pâquerette et Tidoum.

Mary et Tidoum ont arrêté la pilule quasi en même temps, à l’été 2013. Lorsque Mary a annoncé qu’elle était enceinte, Tidoum s’est sentie heureuse pour son amie. Tout en ressentant un léger petit pincement au coeur, bien vite balayé par l’idée que la prochaine fois, ce serait son tour. Bien évidemment, ça ne s’est pas passé comme ça. Tandis que le ventre de Mary s’arrondissait sérieusement, Pâquerette s’est décidée à retirer son stérilet et bâm ! En fait, Pâquerette fait partie de la caste des C1…celles qui nous donnent du fil à retordre par ici…celles pour qui cela semble tellement facile et provoquent pour ma part, un fort sentiment de jalousie (et ce n’est jamais très agréable d’avouer qu’on se sent jaloux).

L’enfant de Mary est né à la toute fin de l’été 2014. Je lui ai offert une belle boîte à musique en forme de chouette, qui s’accroche aux barreaux du lit et diffuse « Imagine » de John Lennon ! L’enfant de Pâquerette est arrivé pendant l’hiver 2015, alors que nous étions en plein bilan d’infertilité. Je me suis trouvée incapable d’éprouver de la joie et je n’ai pas offert de cadeau pour la naissance.  J’étais trop dévastée par ce qui nous tombait dessus. Un mois après, j’ai tout de même fini par appeler mon amie Pâquerette (qui habite à 600 bornes de chez moi) pour prendre des nouvelles. La conversation était des plus ubuesque. Elle était en pleine déprime post-partum et moi, en pleine déprime post-annonce de l’infertilité. Je trouvais qu’elle avait bien de la chance d’avoir son bébé. Mes histoires d’infertilité ne semblaient pas rencontrer beaucoup d’empathie et je me suis prise de belles RALC dans la gueule. Et j’étais jalouse comme un poux.

Je crois qu’à ce moment là, il était impossible de nous comprendre. Nous vivions des choses trop différentes  chacune à un bout de la France. Pas ou peu de contact pendant près d’un an. Puis Pâquerette a finit par se manifester et nous avons pu parler. Cela a débloqué la situation (merci à elle).  J’ai accepté de passer à autre chose. Il faut dire que pendant tout ce temps, j’avais fait un gros travail sur moi pour arrêter de me comparer aux autres et accepter de vivre un chemin différent et plus tortueux vers la parentalité. J’ai essayé de comprendre la colère et la tristesse qui se nichaient en moi. J’ai trouvé du soutien autrement. A défaut de monter dans le train, j’ai tracé ma route.

La suite, vous la connaissez : la Pma, la Fiv icsi, un premier transfert qui s’est terminé par une fausse couche, et un deuxième transfert de la win en janvier dernier. Depuis, Mary et Pâquerette m’ont annoncé chacune l’arrivée d’un deuxième enfant dans leur vie.

Pour la première tournée, DN ne s’était pas montrée généreuse avec moi. Voilà que pour la deuxième, l’horizon virait au beau fixe !! Cela amusait d’ailleurs beaucoup monsieur Tidoum qui me lançait « ah, tu vois, tu es enceinte en même temps que tes copines. Je suis content pour toi. » L’enfant de Pâquerette était prévu pour le 17 octobre, le mien pour le 21 et celui de Mary, le 18 novembre. En l’espace d’un mois, nous allions chacune accueillir nos bébés. Là aussi, vous l’aurez compris, ça ne s’est pas passé comme ça.

Avant-hier, Mary me demande de venir chez elle. Sa voix est grave, le ton est solennel. Inquiète, je me pointe chez elle en début d’après-midi:

« bon alors, qu’est-ce qu’il se passe? « 

« Moi, ça va, c’est Pâquerette, qu’elle me dit, elle a perdu son petit garçon. Il est né hier et n’a jamais pu respirer. »

Le choc.

Les larmes.

L’empathie.

Et l’angoisse qui monte.

J’en ai marre des trains qui déraillent.

Au delà de l’immense tristesse que je ressens à l’égard de ce couple d’amis et pour leur petit bonhomme, tout ceci est vraiment troublant. Passé le choc de la nouvelle, et à une semaine du terme, je ne veux pas céder à la peur. Mais je flippe pour mon bébé. Ce matin, tandis que je lui expliquais pourquoi sa maman se sentait triste, elle s’est mise à bouger. Quel soulagement. Dès que je ne la sens plus bouger,  je recommence à flipper. Jusqu’à ce qu’elle bouge à nouveau.

Si je vous en parle ce soir, c’est parce que j’ai besoin d’extérioriser cette peur. Je ne veux pas psychoter en bout de course. J’ai besoin de conserver un minimum de force et d’énergie pour bien vivre l’arrivée de ma fille et la mettre au monde. Sans culpabiliser si elle est en bonne santé, ni flipper à outrance de peur qu’elle ne pousse pas son premier cri. En même temps, je pense sans cesse à Pâquerette et à ce qu’elle endure en ce moment. Au fait qu’elle va enterrer son petit garçon très probablement au même moment que le terme théorique de ma grossesse. Bref, tout ça se mélange dans ma tête et m’angoisse.

Rien que de l’écrire, ça m’aide à y voir plus clair. Cela m’apaise. Il n’ y pas grand chose que je puisse faire dans l’immédiat pour aider Pâquerette si ce n’est lui témoigner mon amitié. Et continuer à me concentrer sur l’arrivée imminente de la crevette pour laquelle j’ai besoin de toutes mes forces.

Ouais, on va faire comme ça…pour la suite, on verra.

 

 

Quelques nouvelles et autres réflexions en vrac

La deuxième partie de grossesse se passe bien, moralement je veux dire. Parce que matériellement, nous ne sommes pas prêts du tout : pas de poussette, le berceau en carton n’est pas encore arrivé, et le trousseau de la petite se résume pour le moment  à deux bodys, un pyjama et un doudou !  Mais nous avons fait du tri (vous savez, la fameuse deuxième chambre, qui devient une sorte de pièce à bordel avec tout ce qu’on ne sait pas trop où caser ailleurs dans la maison), des petits travaux qui étaient restés en suspens, vidé et rangé intégralement notre cave. Bref, on a quand même bossé comme des dingues. Et présentement, tandis que j’écris, monsieur Tidoum est en train de monter une petite commode pour ranger les bodys qu’il va falloir acquérir sans tarder, et je l’entends pester parce qu’évidemment, il manque une visse !!

A ce stade, je peux vous dire que la grossesse contribue fortement à l’atomisation sans somation de quelques neurones. Vous avez bien raison de détester les femmes enceintes parce qu’il faut bien avouer que ça rend un peu noeud-noeud. Pour exemple, j’ai tout simplement zappé mon écho du 3e trimestre…oui oui, celle qui est obligatoire ! Il faut dire que j’avais noté le jeudi 24 à 11h10…et c’était en réalité le jeudi 17 août à 10h (allez comprendre…???).

J’ai finalement pu faire cette écho à un autre moment, et tout va bien. La petite crevette n’est pas un gros bébé, elle a la tête en bas…et moi, hormis un sommeil toujours aussi pourri, je vais bien. Pas de tension, col bien fermé (un petit trifouillage chatounesque de la part d’un médecin, ça me manquait presque di-don !!) et seulement quatre kilos de plus (et une envie de gâteau au chocolat maison qui grandit de jour en jour).

J’ai toujours imaginé, compte tenu de ma morphologie, que j’aurais un ventre énoooooorme et des cuisses dodues !! Mais non, point du tout. Je m’arrondis  très discrètement. En privé, devant le miroir de la salle de bain, j’aime bien regarder mon bidon (qui a quand même un peu grossi) et le reste de ma silhouette (qui a fondu). Mais en public, je n’oublie pas que ce petit ventre rond est susceptible de blesser une femme au ventre vide.

Après nos séances d’Hapto, nous avons pris l’habitude d’aller manger une petite salade en terrasse. La dernière fois, une dame assise à coté de nous a fixé mon ventre au moment où je m’asseyais. Plus tard, pendant le déjeuner, je l’ai entendu parlé de ses enfants et m’en suis trouvée grandement soulagée. Sur chaque visage féminin, je projette une PMette potentielle.

Une de mes copines, une fille adorable, diagnostiquée OMPK, a eu la chance de se découvrir enceinte juste avant de démarrer sa première stimulation et au même moment que moi.  Par conséquent, elle a échappé aux affres de la PMA et porte aujourd’hui un T-Shirt où il est écrit « en construction »… autant vous dire que non, impossible pour moi d’imaginer porter ce genre de vêtement.

Il m’arrive régulièrement de penser à notre parcours. Monsieur Tidoum m’a confié l’autre jour « tu te rends compte…par quoi on est passé ?! » Il m’arrive de pleurer quand je pense à ces années d’infertilité, à la douleur que j’éprouvais de voir toutes mes amies et cousines enceintes les unes après les autres. Je considère tout cela avec un peu plus de recul maintenant. Et je suis abasourdie de constater à quel point tout ceci a été dur à vivre.

Bien sûr, quand on a la chance que ça marche, certaines situations deviennent moins douloureuses (les balades au parc, les annonces de grossesse, les discussions entre meufs de 30-40 ans etc.), certaines angoisses s’apaisent. Mais il reste les souvenirs de ce qu’on a vécu, il reste l’empathie pour les autres et pour soi, il reste des points douloureux qui ne s’effacent pas.

Je pense par exemple au moment de l’annonce de l’infertilité. A tout ce qui a suivi. A comment, un mois après,  je me suis bêtement fracturée le petit orteil contre un angle de mur à la maison (c’est pas grave mais ça fait hyper mal), à comment monsieur Tidoum a fait une chute en scooter peu après (sans gravité heureusement)…oui oui, je crois qu’on avait du mal à rester debout.

Je pense à nos vacances au pays Basque, pendant lesquelles nous avions appris la naissance de la fille du meilleur ami de monsieur Tidoum. A quel point j’étais dévastée. Aujourd’hui encore, je n’ai jamais vu leur fille. J’ai fait un blocage total. J’ai accepté que monsieur Tidoum les invite à la maison dans deux semaines. Sans aucune joie. Mais pour faire plaisir à mon homme pour qui c’est tellement important. Moi j’avoue que j’ai un peu de mal avec le coté « on a pas donné signe de vie pendant deux ans et maintenant que vous allez être parents, c’est bon, on peut passer à autre chose « !! Ben non…ça ne marche pas comme ça. Bref,  on verra bien…

Je pense à toutes ces remarques à la con, à tous ces moments de solitude et de larmes. Je me rends compte à quel point je me suis isolée. Et quelle énergie il a fallu pour continuer à essayer de vivre tant bien que mal…

Je pense avec tristesse à notre couple si souvent malmené. Et je culpabilise beaucoup d’avoir laissé place à tant de colère, de n’avoir pas su mieux soutenir mon compagnon. Je trouve qu’il a fait face de manière beaucoup plus adulte que moi, qu’il s’est montré bien plus solidaire quand moi, j’avais envie d’envoyer tout valdinguer et que notre situation m’étouffait. A la question, notre couple aurait-il tenu le coup face à l’accumulation des échecs voire en l’absence totale de grossesse au bout du bout ?…et bien, je n’ai pas de réponse.  « Quand vous annoncez aux deux personnes en même temps qu’elles ont un cancer chacune, comment voulez-vous que le couple aille bien ? » m’a dit la Psy. Et je dois bien admettre que sa remarque fait sens.

Je pense aussi aux rencontres, virtuelles ou réelles, à ce blog qui a été une bouffée d’air frais, une occupation un peu addictive mais tellement salutaire, à celles qui sont devenues des amies, des soutiens pendant tout ce parcours. Je pense à tout ce travail psychologique, ce déblayage que j’ai dû faire chez ma psy, parce que c’était ça ou sombrer. Et combien tout ceci me paraît précieux aujourd’hui et me permet de mesurer la chance qui m’est offerte.

L’haptonomie est finalement une suite logique de la Pma. Quand on a la chance que ça marche, quand on a fait tout ce parcours de galériens en étant bien conscient de le faire à deux, l’haptonomie est une méthode de communication et de préparation à l’accouchement qui se vit à deux également et qui donne toute sa place aux deux parents.

Petite anecdote : lors du premier rendez-vous, Claudine (la sage-femme) a évoqué la contraception après la naissance, ce qui m’a un peu gonflé. Nous avions alors acquiescé en disant que oui-oui, nous allions y réfléchir. Et voilà  une semaine ou deux,  nous avons décidé que non, pas de contraception parce qu’il y avait quand même très peu de chance qu’une grossesse arrive naturellement. Et quand bien même…nous aurions alors deux enfants. Ce qui me fait dire que malgré tout, le rêve du gertrudage reste toujours présent…

Bon, je vous laisse : monsieur Tidoum a retrouvé la visse et je vais aller voir à quoi ressemble cette commode !

Bisous, prenez soin de vous, toujours et en toute circonstance.

Aujourd’hui, ça va bien…

Voilà un petit moment que je ne suis pas venue écrire par ici. Et pourtant, j’en ai rédigé plein des débuts d’articles dans ma tête…

La réalité, c’est que tu as beau attendre depuis quatre ans, quand l’arrivée de l’enfant se précise, c’est une sacrée avalanche d’émotions en tout genre !!! Je réalise combien je suis chanceuse de n’avoir pas trop traînée dans les couloirs de la Pma (deux ans environ). Mais objectivement, et grâce à l’aide de ma psy, j’ai fini par m’autoriser à me plaindre un peu et à admettre que non, je n’ai pas vécu ce début de grossesse de manière sereine, prise dans l’ombre de la Pma, la peur d’une autre fausse couche et l’annonce du diabète gestationnel.

A cela sont venues s’ajouter des tensions et de grosses engueulades entre monsieur et moi. Plusieurs fois, j’ai eu envie de me barrer. J’ai souvent pleuré. Il y a eu plusieurs dodos sur canapé et des portes claquées. Incompréhensions, peurs, difficulté de communication, différences fondamentales entre les besoins de l’un et de l’autre. Pour nous, l’infertilité, puis le passage vers la fertilité n’aura pas été un long fleuve tranquille. J’ignore à ce jour, si cette traversée aura renforcée les liens du couple, comme ce que je peux lire souvent sur les blogs dédiés à la Pma. Ce que je constate, c’est que nous sommes deux angoissés ( et ultra émotive pour ma part) et que nous avons parfois du mal à communiquer sereinement. D’où les portes claquées et les dodos sur canapé…

Pile à ce moment là,  Monsieur Tidoum s’est mis à s’ investir avec frénésie dans bon nombres d’activités (campagne présidentielle, puis les législatives, aviron, sorties entre potes jusqu’à des heures tardives ou matinales devrais-je dire, en plus de son boulot en horaires décalés et de ses activités habituelles) De mon coté, j’ai passé de nombreuses soirées en solo, je lui en ai beaucoup voulu et je ne me suis jamais sentie aussi seule. Au milieu de tout ça, nous avons quand même réussi à caler les premières séances d’haptonomie avec Claudine, notre super sage-femme ! Que j’ai eu envie de serrer dans mes bras lorsque après avoir pris le temps d’écouter nos inquiétudes et nos difficultés, elle a dit clairement qu’une femme enceinte a besoin de la présence de son compagnon, et d’autant plus spécifiquement à ce moment particulier de la vie.

Je passe sur la culpabilité due à cette impression qu’enceinte, et après des années d’infertilité, je n’arrivais même pas à me sentir heureuse…tout simplement.

La psy m’a aidé à décortiquer les choses. Ma mère m’a demandé expressément de ne pas prendre de décision hâtive dans un moment aussi délicat. Je me suis bottée les fesses pour sortir de ma solitude, voir du monde, continuer à travailler alors que mon esprit était perdu au beau milieu de nulle part.

Et puis, au bout de quatre mois de grossesse, j’ai commencé à sentir ma petite crevette bouger à l’intérieur de moi. Comme des petites bulles qui éclatent à la surface du ventre. Puis, comme un petit poisson qui ferait des tours dans son bocal en donnant de petits coups au passage ! Là, je n’ai plus regretté les dizaines de piqûres, les centaines de cachets, ni les haricots verts vapeur. Deux semaines après,  Monsieur Tidoum l’a senti lui aussi.

Est arrivée l’échographie morphologique du 15 juin, qui a marqué LE véritable tournant dans la grossesse. J’avais besoin de voir mon bébé sur écran. De savoir qu’il allait bien. Je me suis sentie un peu plus soulagée à chaque passage en revue de tel ou tel organe. Main dans la main, les yeux rivés sur l’écran, notre sage-femme échographiste nous a révélé le sexe de notre bébé…une petite fille. Joie intense. Sourire niais. Je me suis rendue compte que les larmes coulaient sur mes joues.

Nous sommes ravis. Monsieur Tidoum avait très envie que ce soit une petite fille. Et moi, je m’en fichais. Je voulais surtout que mon bébé se porte bien et selon que je croisais des petits garçons ou petites filles, mon coeur balançait de l’un à l’autre. Autant vous dire que ça changeait toutes les semaines ! La veille de l’échographie, j’ai pris un café avec une copine PMette et sa petite de six mois.  Lorsque la môme m’a fait un adorable câlin, je me suis dis : « ah nan, mais vraiment, une fille, c’est trop mignon » ! Me voilà comblée !

On ne parle plus d’embryon, de blasto ou de fœtus mais d’une toute petite fille de 500 gr et de 28 cm (probablement pas loin d’1Kg aujourd’hui et plus de 30 cm..) très tonique parait-il. Ce qui nous permet enfin de nous projeter sereinement. Depuis l’écho, les choses se sont apaisées entre nous. Les élections sont passées (ouf !), monsieur Tidoum a retrouvé un rythme plus compatible avec la vie de couple. Et fait désormais preuve de beaucoup d’attentions. Je suis plus zen, moins agressive. La communication et l’envie de passer des bons moments ensemble ont pris la place des tensions et angoisses des premiers mois.

Il arrive qu’on me dise : « ah tu verras, la grossesse, c’est ultra médicalisé. »  Certes, j’ai la chance de connaître une grossesse sans complication. Ce qui fait que pour le moment, je ne partage pas tellement cette impression de l’hyper-médicalisation. Pour nous, la conception l’aura été encore plus. Quelques échographies (même pas vaginales !), des cachets de vitamines, une prise de sang et un test pipi par mois, je trouve ça franchement cool pour l’instant !!!

J’ai mal au dos (pas étonnant avec la paire de nichons que j’ai à trimballer), ne dors pas toujours très bien et je me pique toujours le bout du doigt six fois par jour pour mesurer ma glycémie. Le régime alimentaire n’est pas toujours très marrant (se priver de manger des trucs bons, c’est chiant) mais ce n’est plus un calvaire. Je l’ai intégré et je fais au mieux. Résultat : à quasi 6 mois de grossesse révolus, j’ai pris entre deux et trois kilos dont un peu de ventre et beaucoup de sein. En d’autre terme, je maigris !

Pour le reste, tout va bien.

L’autre jour, j’ai craqué…quatre ans que je me retiens de le faire. Quatre ans que je ne le fais que pour les autres (et même ça, j’avais fini par arrêter). Je lui ai acheté son premier doudou, un petit lapin blanc tout doux.

Pour ma fille.